• Extraits. Triés pour une fois. Exit ceux sur l'art et ceux sur l'Homme qui me donneraient l'envie, sans envie, de disserter...


     

    Paloma:

    «S'il y a bien une chose que je déteste, c'est quand les gens transforment leurs impuissances ou leurs aliénations en credo.» 

    (Le plus drôle c'est qu'elle semble s'en exclure... bref... j'aime la phrase quand même)


     

    Paloma:

    «Parce que ce qui est beau, c'est ce qu'on saisit alors que ça passe. C'est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.

    Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c'est comme ça qu'il faut mener sa vie? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition?

    C'est peut-être ça être vivant: traquer des instants qui meurent.»

    (rien de nouveau, mais j'aime le "aïe, aïe, aïe": ça change des carpe diem et autres, sourire aux lèvres...)


     

    Renée:

    "D'un couloir aux allées"

    «Quelle est cette guerre que nous menons, dans l'évidence de notre défaite? Matin après matin, harassés déjà de toutes ces batailles qui viennent, nous reconduisons l'effroi du quotidien, ce couloir sans fin qui, aux heures dernières, vaudra destin d'avoir été si longuement arpenté. Oui, mon ange, voici le quotidien: maussade, vide et submergé de peine. Les allées de l'enfer n'y sont point étrangères; on y verse un jour d'être resté là trop longtemps. D'un couloir aux allées: alors la chute se fait, sans heurt ni surprise. Chaque jour, nous renouons avec la tristesse du couloir et, pas après pas, exécutons le chemin de notre morne damnation.

    Vit-il les allées? Comment naît-on après avoir chu? Quelles pupilles neuves sur des yeux calcinés? Où commence la guerre et où cesse le combat?

    Alors, un camélia.»

    (J'aurais rayé le "mon ange"... mais bon. J'en aime le sombre, j'en aime la formulation de l'espoir -même s'il faut lire les chapitres précédents pour le comprendre-, j'en aime particulièrement l'ironie -sans m'en réjouir-, après avoir terminé le roman... Finalement, cet extrait répond bien au précédent, de la même façon que les "pensées profondes" de Paloma et le journal de Renée se font écho. Sauf que là, besoin du point final.)


     

    Renée:

    «Tibère... Illustre nom pour si pitoyable allure... Je me remémore la prose de Colombe Josse, les allées silencieuses du Saulchoir... et mon esprit en vient à Rome... Tibère... Le souvenir du visage de Jean Arthens me prend au dépourvu, je revois celui de son père et cette lavallière incongrue, épris de ridicule... Toutes ces quêtes, tous ces mondes... Pouvons-nous être si semblables et vivre dans des univers si lointains? Est-il possible que nous partagions la même frénénsie, qui ne sommes pourtant ni du même sol ni du même sang et de la même ambition? Tibère... Je me sens lasse, au vrai, lasse de tous ces riches, lasse de tous ces pauvres, lasse de toute cette farce... Léon saute du fauteuil et vient se frotter contre ma jambe. Ce chat, qui n'est obèse que par chartié, est aussi une âme généreuse qui sent les fluctuations de la mienne. Lasse, oui, lasse...

    Il faut que quelque chose finisse, il faut que quleque chose commence.»

     

    L'élégance du hérisson, Muriel Barbery


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  •    "Le hibou"

    Mon pauvre coeur est un hibou

    Qu'on cloue, qu'on décloue, qu'on recloue.

    De sang, d'ardeur, il est à bout.

    Tous ceux qui m'aiment, je les loue.

     

    Apollinaire, Le bestiaire (poèmes illustrés par des bois de Raoul Dufy).


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  • Après avoir recopié la quasi intégralité de L'attrape-coeur... Faudrait p't-être juste en dire un mot!

    Ce récit est plein de pudeur, de simplicité et de sincérité. En language parlé d'un jeune de 17 ans, paumé, ultra-sensible mais inconscient de l'être. En apparence (presque) à l'aise dans ses baskets, mais à fleur de peau. A travers rencontres et souvenirs fugaces, déambulations et attente d'un retour redouté au bercail, il révèle en filigrane ses angoisses et blessures profondes, ses désillusions, sa perception de la vie. Tantôt avec humour, tantôt avec cynisme; mais sans jamais se plaindre, sans jamais se lancer dans une masturbation cérébrale sur ce qui lui arrive et ce qu'il ressent. Il ne cherche pas l'élaboration de sa pensée, l'explication de ses émotions, encore moins à canaliser ses états d'âme, qu'il passe de la nostalgie, au délire loufoque ou à la "déprime". Il ne cherche finalement que sa place, dans une société dont il appréhende l'égoïsme et l'hypocrisie des codes, parfois certes nécessaires.

    Bref, à force de réfléchir à ce billet, à force d'avoir déjà longuement parlé de ce bouquin autour de moi, je ne sais plus quoi en dire en écrire. (Note pour moi-même: ne pas penser mes articles, ça ira peut être mieux...!). Quoi qu'il en soit, ne pas prendre L'attrape-coeur pour un classique destiné (qu') aux ados en mal de vivre, genre, tu vois tu n'es pas seul à être largué... Salinger a réalisé un véritable chef-d'oeuvre, touchant (très touchant), vrai et sans prétention.


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  • «Tous ces écrivains visionnaires: Jules Verne, Kafka, Orwell, Huxley... Et s'ils n'avaient pas été prémonitoires mais influents? Et si les fusées, les sous-marins, la société de surveillance, le totalitarisme, les clones n'existaient que pour obéir à ces rêveurs imaginatifs et fous? Dans sa préface au Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde affirme que "la Nature imite l'Art". Il n'est pas impossible que l'histoire aussi.»

    Frédéric Beigbeder, L'Egoïste romantique, 2005

    Plutôt troublant de considérer que les fantasmes ou les angoisses des artistes et des cogiteurs rêveurs n'inspireraient que mégalomanie aux hommes d'action. On se souvient d'autre part du désespoir profond d'un Einstein pacifiste et humaniste face à la l'utilisation de ses découvertes, de la théorie de la relativité à la bombe atomique.

    Et que penser d'un Hitler qui fantasme l'horreur dans un livre pour ensuite en appliquer lui-même les préceptes, sans que personne n'y ait vraiment cru, jusqu'en plein holocauste? Un livre reste un livre, même si l'on en dément la dimension artistique du contenu. Qui dit publication dit souvent oeuvre donc sacré ou presque. Beaucoup refusent de corner ne serait-ce qu'une page d'un livre qu'ils abhorrent juste parce que c'est un livre. Les autadafés, tout aussi absurdes et radicaux, ont parfois voulu régler le problème, comme si la destruction de livres anéantissait la pensée et les paradoxes.

    L'art imite la nature? La nature imite l'art? Qui de l'oeuf ou de la poule?

    En chaque chose on retrouve l'homme, juste l'homme. Pervers et idéaliste, capable du meilleur comme du pire. Qui ne maîtrise pas plus sa grandeur que sa toute toute toute petitesse. Coincé entre sa soif d'absolu et son orgueil, qui se bat ou refuse d'affronter sa propre nature, qui cherche son fragile équilibre, si tant est qu'il existe. Parfois plein de bonne volonté mais rattrapé malgré lui. L'art se veut beau, bon, le meilleur de l'homme et de ses réflexions. Ne serait-il pas juste à son image? Troublant, déroutant, source d'extase, d'interrogation, choquant, irrationnel, imprévisible....

    Tout ça est très confus... Très très confus... Voire n'importe quoi. Tentative désespérée d'une humaine qui cherche juste à formuler ressentis et pensées enfouis et qui ne voit dans les mots (et même dans l'élaboration de ses réflexions) que trahison et frustration... peut-être pour trop les aimer...Je m'exerce... Je voulais d'ailleurs faire un poste sur Le portrait de Dorian Gray, que j'ai adoré. Mais plus les jours passent, moins je suis capable d'en dire quoique ce soit de clair et élaboré. Ca part dans tout les sens jusqu'à la confusion la plus complète.


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  • «Chaque fois que je lis Orgueil et préjugés, j'ai envie d'exhumer Jane Austen et de lui taper sur le crâne avec son tibia.»

    Mark Twain

    Un de mes livres préférés d'adolescente romantico-midinette-attirée-par-les-hommes-sombres-et-les-héroïnes-réservées-mais-sûres-d'elle-assujetties-par-les-règles-sociales-mais-indépendantes-d'esprit (ouf...). Mais je ne me lasse pas de cette critique à l'humour caustique... Il m'en faut peu pour me tenir les côtes. Ce qui mériterait d'être creusé, c'est pourquoi relire un livre qui inspire une tel élan...


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