• Blablabla... et toujours pas ça

     Que c'est étrange, tout ça. Se taire pour se mieux fondre (tiens ça faisait longtemps que j'avais pas parlé classique, je laisse donc) ; se sentir différente sans savoir l'affirmer, sans vouloir y renoncer, jamais ; s'épuiser à tout contrôler et tout prévoir ; encaisser pour esquiver ; bouillir sans ébullition ; hurler sans un bruit ; être ravagée tout en restant lisse apparemment ; rester modérée, pour ne rien libérer qui serait aussitôt tué dans l'oeuf ; renoncer à ce qui vient des autres, de trop d'autres ou d'autres trop, qui viennent tout polluer ; renoncer à ce qui vient de soi parce que ces autres trop viennent envahir, malgré soi et les murailles ; faire illusion pour ne pas trop s'en faire soi-même.

    Mais quand même l'espoir. Se contenter de rêver. Se créer un monde intérieur à défaut de pouvoir extérioriser, s'y mouvoir immobile en son centre. Dire, quelquefois, mais vite, vite, vite -profitons-en vite, si petit laps de temps- vite et mal avec l'infime espoir que sera perçu le tout petit vrai auquel on adhère au milieu de paroles consensuelles. Même le oui au milieu du non. Même le j'aime au milieu du je n'aime pas. Même le c'est essentiel au milieu du on s'en fout. Même le c'est très complexe au milieu du c'est évident. Je sais, c'est con. Mais plus tard, plus tard... Ca viendra... Tu vivras...

    Plus tard : tests en grand. Gamelles. Gamelles. Grosses grosses gamelles... Eh oui, trop tard t'as pas appris à vivre, tout bonnement. Pauvre conne.

    Alors hurler dans le vide d'une voix rauque et primale des mots qui ne savent pas s'aligner puisque jamais sortis, s'apercevoir que même en le voulant vraiment on ne se sait se traduire soi-même à haute voix, découvrir avec surprise et désarroi que même les plus proches ignoraient ce qu'on croyait visible, vivre encore et toujours l'incompréhension, bouillir à en faire sauter la soupape et le couvercle avec,  péter les plombs, libérer le monstre ravageur, perdre tout contrôle, être débordée par tout ce qui a manqué, incapable de faire main basse sur cet infini, se noyer dans un verre d'eau, vouloir tout et n'accéder à rien, trop à faire, trop tard. Constater avec horreur le vide intersidéral. Se taper la tête contre les murs de ne pas avoir su s'approprier l'extérieur, se maudire d'avoir eu la faiblesse de croire que se laisser opprimer extérieurement n'entacherait pas l'intérieur, et de s'être enfoncée dans un univers à part et muet. S'exécrer d'avoir tendu le bâton pour se faire battre.

    Se soigner, certes. A un moment, plus le choix. Tout est démoli. Tout est à reconstruire. Mais avec quelles briques ? Quelle connerie. Le problème est justement qu'il en manque. Et ça ne s'improvise pas la maçonnerie. Surtout si la poudre aux yeux n'est pas ciment. 

    Etre aujourd'hui à l'ouest et sans boussole, à la ramasse mais seule pour se relever, à la rue à plus savoir où l'on habite (mais un toit au-dessus de la tête, youpiyaouf), hors la vie, mais ça c'est pas nouveau. Perte de vigilance et de concentration, deux neurones en gueguerre, éclatement, décalage toujours, panique sévère, crash, l'hécatombe et si héca tombe, reste celle dans laquelle il me semble déjà avoir un pied malgré moi (oui c'est tordu, oui c'est comme ça que je m'exprime, oui je n'ai pas de langage, oui c'est là le problème).

    N'être plus capable que d'écrire à l'infinitif, ça aussi c'est vraiment la merde. Merde, merde, merde. Décidemment, tout fout le camp ma bonn'dame.


  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Janvier 2008 à 23:46
    Mais non, mais non
    Ce qui fout le camp, c'est le superflu. On passerait l'existence à se la simplifier ? Je ne suis pas de bon conseil, ça m'affole :(
    2
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 00:00
    Un peu quand même
    Le superflu? C'est à voir. Ecrire, par exemple, n'est pas du superflu quand on y arrive plus. Quant à l'existence, se la simplifier, non, mais tenter de se la rendre réelle et adéquate, tant qu'à faire, pourquoi pas. Je ne cherche point conseil ici, ce n'est même pas un vrai exutoire; mais j'aime à aimer me recadrer toute seule dans les écrits des autres.
    3
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 00:13
    J'aime cette phrase
    dont quelqu'un cher à mon cœur m'a fait cadeau : "Lire est considéré comme un acte d'amélioration de soi." Je trouve aussi dans les écrits des autres, ces livres que j'aime et découvre, ou quelques textes blogués çi ou là, matière à pouvoir vivre. Tu emploies le terme "recadrer", je ne le comprends peut-être pas vraiment en l'occurrence. Quant aux temps où l'on n'écrit pas, ils sont effectivement loin d'être superflus, la cuisine existentielle, quel que soit son mode d'expression, a ses brûlots, ses fumiers, ses pousses... Se rendre l'existence réelle, ça c'est un beau défi, majeur, et adéquate, ah, adéquate, oui, si on considère qu'on tente de trouver son bien (le sien propre, celui de ceux qui nous sont chers, et en élargissant les cercles, bref). Adéquate, je ne sais pas ce que ça pourrait être. J'ai le sentiment que je n'adéquaterait jamais à rien :-) Remarque, le réel est également une grande question et je n'en sais que peu de choses si je m'éloigne de la vie quotidienne, justement, des proches, du devoir, et de ce que je pense savoir du monde et de ses turpitudes. Mais de ses beautés, aussi. Quand même, je trouve que tout était beaucoup plus compliqué quand j'avais 13 ou 20 ans. "Je ne laisserai dire personne que vingt ans est le plus bel âge de la vie." My god, j'ai oublié qui le dit et dans quel livre, honte à moi, tant pis... Tu fais bien de ne pas chercher de conseils, merci de reprendre cet automatisme, je m'y laisse souvent noyer.
    4
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 00:31
    un peu d'inutrition
    dans la lecture, c'est une des rares choses que je m'approprie sans difficulté. J'aime cette phrase aussi. Recadrer c'est me remettre dans les rails, quand je pars un peu trop dans tous les sens, tout azimut, et finis par tourner à vide ou noyer, me dis-je. Quant au réel, je parlais de vivre, tracer son chemin, tout simplement, quitte à se planter parfois. Mais vivre bordel (oui je m'emballe)! Je parlais également de ce réel qui te paraît si évident que tu t'en 'éloignes" pour te questionner. Même ce réel-là m'échappe, pour ma part. J'en suis effectivement à me dire que je vis aujourd'hui ma crise de 13-20ans. Mieux vaut tard que jamais. Même si j'ai tendance à dire trop tard.
    5
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 00:36
    quant à adéquat
    que j'oubliais de relever, c'est évidemment ce vers quoil'on tend, que l'on atteint avec plus ou moins de succès, sans savoir si c'est illusoire, vu à la hausse ou à la baisse, conforme à nos aspirations, aptitudes, notre "bien", comme tu dis, effectivement.
    6
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 00:39
    Oh tu sais,
    la plupart des sages sont de vieux singes et franchement pas à envier. Mais oui, vivre, bordel ! Tout le monde "crise", ça je te le garantis. Certains l'expriment, d'autres non. Mon vosisin taré, par exemple, est totalement calcifié dans son histoire de vie et de couple, alors il cogne, il hurle, il fait chier tout le monde. D'autres développent de gentils petits cancers incompréhensibles tant leur hygiène de vie était considérée parfaite. D'autres se pendent ou se tirent une balle. Toi tu vas au charbon. Certes, au fond des mines c'est pas la joie. Quant aux matériaux de construction, comme tu dis, et parfois on les cherche, souvent, peut-être, mais enfin, personnellement je trouve ça plus excitant que se déclarer momie.
    7
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 01:01
    justement
    au secours, je me déclare momie! Prisonnière de toutes ses bandes! C'est ça le hic! Se débattre sans engendrer un souffle d'air. Crever d'avoir envie de vivre et de ne pas y arriver. Passer à côté de tout (sauf de blogg, youpi, là je m'investis ;)). Mais en tout cas, une chose est sûr, tout sauf se tirer une balle. Ca au moins c'est clair. Un petit meurtre peut-être, ça pimenterait ;p.
    8
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 01:15
    Nefertiti, alors,
    c'est toi ? Quel pif de reine ! Ça vaut bien un petit meurtre, effectivement :-)
    9
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 01:16
    Et quitte à crever
    Mourir de désir, c'est quand même mieux que mourir d'ennui...
    10
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 01:32
    Bonne
    nuit, BoM.
    11
    Mercredi 9 Janvier 2008 à 02:06
    et moi
    qui continuais à causer chez toi, bien concentrée sur mes gros efforts d'écriture qui me prennent 300 ans bon an mal an, hi hi hi! Suis d'accord avec ta dernière phrase, quoique mourir, on va toutefois éviter tout court parce que bon... Bonne nuit ici aussi, cosmic!
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