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    Je n'ai jamais écrit avec mon nez. Je n'ai pourtant pas de vision globale de ce que j'écris et on ne peut pas dire que ça se fasse dans la sérénité. Avancer, pas à pas. En revanche, Le point final s'impose, rien ne sera ajouté. Impossible d'y revenir.

    Pareil pour le dernier coup de pinceau; mais je peins avec mon nez. Même pas pour les détails, en fait si, mais surtout pour les couleurs. Une couche à l'arrache, pas la bonne, elle sert de ciment... Une deuxième, c'est pas encore ça... Une troisième, la feuille gondole, gaffe, le papier souffre. Mal aux yeux. Prends du recul, ne t'enferme pas dans ton détail, ton obssession, ta galère du moment qui t'empêche même de te faire plaisir. Le vrai plaisir ne vient qu'à l'achévement, si ça convient. Mais c'est fugace. Comme normal, encore heureux que le plaisir vienne finalement, avec le mal que je me suis donné. C'était pas comme ça au début, avec le dessin. Découverte, suprise, et ça s'était bon. Maintenant la barre est trop haute, ça ça revient toujours.

    Je déchiffre avec mon nez. Jusqu'au torticolis, au pic lancinant au-dessus de l'omoplate qui empêche même de se redresser. C'est laborieux, toujours laborieux, à en hurler. Une fois le morceau maîtrisé, le plaisir vient. Je recule mon tabouret du piano. Je peux saisir le morceau dans sa globalité, en apprécier chaque moment, sans avoir hâte que l'un ou l'autre recommence ou arrive. C'est court.

    Un article à écrire, pas le bout du monde. Mais alors vraiment pas, vu le sujet et la longueur. Mais je m'en fais tout un monde. Obsédée par l'incapacité toute la journée. Torturée toute la journée. Pour peut-être finir par le pondre je ne sais quand, et là je serais sûrement satisfaite. Trop même, comme si j'avais escaladé l'Himalaya, et ce sera éphémère. Poil dans la main, sûrement. A défaut d'être glorieux ce serait rassurant. Oui, il y a sûrement de ça.

    Le plaisir cause trop de souffrance. Plaisir trop court, souffrance trop longue. Puis c'est pas comme si le plaisir était franc, il lui faut toujours un peu de son opposé. Alors que la souffrance, elle, ne s'encombre de rien d'autre, s'installe toute à son aise.

    Le plaisir crée aussitôt le manque. Encore, encore, pas assez, pas assez. Le désir est une frustration, d'avance. C'est là que ça déconne, et pas qu'un peu.

    J'ai pas toujours vécu avec mon nez sur mon nombril. Mais ce n'est même pas moi qui vis, ce sont les autre là, celle qui chouine et se lamente, celle qui ne lui passe rien et l'engueule, celle qui a super hâte de quelquechose, qui trépigne d'impatience et se rend lamentablement compte que rien n'est à sa portée, à cause des deux autres boulets. Moi j'assiste passive, tétanisée et épuisée au bordel stérile de toutes ces connes. 

    "Suivre ses envies", elle en a de bonne... "Ca fait mal au coeur"... Houla, la maternité ne te rend pas professionnelle. Là c'est la dédaigneuse qui parle. La sensiblarde se répend déjà. L'avide s'agite dans le vide. Mon tout reste péniblement bouleversé de tout et de rien, épileptique paralysé.

    - Aïïïeeee, non mais oh!!!

    - Tiens, ça se rebiffe encore...

    - Si si, non mais oui, allez!

    - Pfff... Arghh!... Pfff... (couic)

    "Cinquante millions de gens imparfaits

    Et moi, et moi, et moi..." (ça au moins ça rassure. Mais si, j'ai compris la chanson...)

    Je n'oublie rien et ça aide pas.


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